L'IA DANS LE DOMAINE MÉDICAL : ENTRE PROUESSES DIAGNOSTIQUES ET DÉFIS ÉTHIQUES
- assonovia
- Nov 17, 2025
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Updated: Mar 9
L’intelligence artificielle, bien que très utile dans le domaine scolaire, n’y est pas cantonnée. Dans de nombreux autres domaines, celle-ci fait ses preuves à coups d’échecs et de réussites ; la question reste suspendue dans certains secteurs, dont celui exploré par ce petit écrit : le domaine médical.
La prise de conscience de l’utilisation de cette intelligence artificielle, ayant poussé à cet écrit, s’est déclarée par un TikTok : une étudiante en médecine réalisait un diagnostic à l’aide d’une intelligence artificielle qui notait chacune des questions posées et, in fine, offrait une note à l’entretien. Non pas sur le diagnostic réalisé, mais sur les questions qui avaient été posées. (Bien heureusement, l’étudiante semblait avoir largement encadré l’entretien).
Néanmoins, un intérêt point : l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le domaine médical, aussi bien dans la préparation des étudiants et futurs professionnels qu'encore dans le cadre du diagnostic des patients.
Sur un plan plus juridique, les responsabilités qui en découleraient seraient largement sujettes à débat : qui de la machine ou de l’humain faudrait-il protéger ? (Heureusement pour moi, cela ne sera pas le sujet traité ici) . Plusieurs sites et intelligences artificielles ont, depuis de nombreux mois, encadré les diagnostics ; chacun peut, de son plein gré, questionner l’IA sur les divers problèmes de santé qu’il peut subir. La subtilité réside dans la prudence dont les diverses « intelligences » font preuve : la mention selon laquelle « cet avis n’est pas celui d’un professionnel de santé » apparaît souvent, voire systématiquement. Non sans une volonté de protéger les entreprises ayant la charge du développement de l’intelligence, l’on peut également se laisser aller à penser, peut-être à raison, que la protection des utilisateurs contre une erreur de l’IA soit également une conviction derrière cette prévention.
Une question peut, légitimement, être soulevée : le diagnostic est-il bon lors de l’utilisation de l’intelligence artificielle ? Dans le cas présent, il sera question de la plus célèbre, « Chat-Chat » pour les intimes, sans doute reconnaissable. Une étude dirigée par des chercheurs de l’université d’Oxford révèle des failles largement présentes dans le diagnostic. En effet, sur 1 300 participants britanniques confrontés à des questions de santé courantes, seulement 45 % des utilisateurs de chatbots ont, par leurs échanges avec ces derniers, choisi la bonne conduite à tenir face à ces situations. En d’autres termes, et pour « enfoncer encore un peu le couteau », moins d’une chance sur deux d’arriver à dénicher un moyen viable et bénéfique de résoudre les problèmes rencontrés. L’étude révèle que notre pauvre machine n’est pas la seule coupable ; en effet, il est souligné par les chercheurs que les participants ne fournissaient pas toujours toutes les informations pertinentes, mais encore que les termes employés n’étaient pas d’une exactitude permettant un diagnostic fiable. L’étude conclut en affirmant que l’intelligence artificielle est un formidable dictionnaire du jargon, parfois féroce, lié au domaine médical.
Néanmoins, ne nous laissons pas aller à une répulsion de notre compagnon artificiel qui est en train de, potentiellement, sauver des vies. Une intelligence artificielle, « Prima » (de son petit nom), est entraînée sur des IRM de patients et permet d’améliorer le repérage d’anomalies, permettant, à terme, une prise en charge des patients avec une précision nouvelle et limitant les possibles oublis du corps médical souvent à bout de souffle. La spécificité de cette nouvelle IA, venue tout droit des États-Unis et présentée par des chercheurs de l’Université du Michigan le 6 février dernier, se trouve dans sa forme. Cette dernière est en réalité alimentée à la fois par de la reconnaissance à base d’imagerie médicale, mais également par une compréhension textuelle permettant une mise en relation de l’imagerie et du passif médical du patient. Cela lui permet d’obtenir une meilleure compréhension de la situation ; cela permet, selon l’auteur de l’étude et du projet soutenu par cette université, Samir Harake, un taux de succès des diagnostics supérieur à 90 %. Score impressionnant, mais il faut souligner que l’entraînement est la clé. En effet, ce « petit docteur artificiel » a été entraîné avec les données de plus de 170 000 patients, pour un total de 5,6 millions de séquences d’IRM. Cette intelligence artificielle est encore entraînée actuellement ; en juin 2024 était annoncé un total de 29 435 patients ayant servi d’entraînement à l’intelligence artificielle.
Sur un aspect plus humain, n’y aurait-il pas un risque de rupture entre les générations, une petite bataille entre l’intelligence artificielle et les grands-parents ? Un caractère se souligne lentement : privilégier une intelligence artificielle qui synthétise de nombreuses informations plutôt que les conseils des parents, ou grands-parents, qui, nous le savons tous, sont ô combien certains de leurs informations.
Concernant l’application « May », dans une étude réalisée auprès de 1 300 parents et futurs parents, 65 % d’entre eux utilisent l’IA afin de répondre à leurs interrogations liées à la santé ou à la petite enfance. Cette étude nuance cependant : parmi les participants ayant affirmé utiliser l’IA pour ces questions, 35 % des interrogés affirment s’en servir comme une nouvelle forme de moteur de recherche, affirmant une information plus rapide et mieux panachée se substituant à plusieurs recherches successives. 15 % s’en servent comme d’un espace de santé intime permettant de se rassurer et de poser ses angoisses nocturnes. Le reste des participants y voit un mélange d’outils de conseil général. Il ressort de cela un éloignement des rapports humains, préférant se reporter à une IA plutôt qu’à un proche (parfois une question d’intimité). Cela fait de nouveau ressortir une préférence pour les précieux conseils de l’IA plutôt que ceux, parfois un peu datés, de nos ascendants. La question n’est alors plus seulement de déterminer quelle est la source la plus fiable, mais bel et bien de savoir à quelle source notre confiance est attribuée.
Bien que cette intelligence artificielle facilite sur de nombreux points le médical, certains aspects sont à nuancer, dont l’accès à cet outil.
L’accès à une intelligence artificielle est largement répandu pour tous, par les versions gratuites ou payantes ; néanmoins, les possibilités d’accès dans le monde sont pour le moins panachées... Une étude publiée par Nature Medicine démontre que l’utilisation d’une IA spécialisée dans la détection de cancer cutané perdait jusqu’à 36 % de précision sur certains types de peaux ; parmi les facteurs les plus importants se trouve la couleur. La faute à un manque de diversité dans les bases de données servant à l’enseignement et à l’évolution de l’IA. Cela soulève plusieurs problématiques, dont la question de l’intérêt porté à ce type de peaux mais encore la participation des personnes avec une peau plus foncée. Le monde du maquillage n’a que récemment développé ses gammes pour peaux foncées ; cela relève d’une mise à l’écart trop souvent observée et quasiment oubliée à la longue, oubliée par beaucoup sauf… les personnes concernées. Dans le cadre de l’intelligence artificielle, la problématique est la même : le manque de représentativité est-il suffisant pour justifier les inégalités dans l’utilisation de l’IA médicale ? Assurément non.
Néanmoins, faudrait-il contraindre, dans le cas des études volontaires, certaines personnes à participer à ladite étude ? Évidemment que non. Encore faudrait-il que ce manque de représentation ne soit qu’un fruit d’une coïncidence statistique, nous l’espérons tous.
Afin de pallier ces problématiques, des modèles informatiques sont pensés sur des données synthétiques qui reproduisent des informations réelles mais en compensant un déficit d’échantillons ; la génération de ces informations se fait par statistique mais encore par l’utilisation d’autres IA (génératives cette fois). Dans une vision progressiste où ces diverses problématiques sont résolues reste la question mondiale.
Selon Grand View Research, le marché mondial de l’IA et ses développements dans le domaine de la santé pourrait, d’ici 2030, atteindre 188 milliards USD (plus que le PIB de certains pays, soit plus de 150 milliards d’euros).
Avec des sommes pareilles vient naturellement la question de la possibilité pour certains pays de pouvoir accéder à ce marché. Un risque est donc présent : l’exclusion de certaines populations des bénéfices de ces nouvelles technologies. Afin d’être plus transparent : faudrait-il laisser les pays en voie de développement accéder à de meilleurs moyens de santé si ces derniers ne peuvent s’introduire sur les marchés correspondants ? Sur un plan humain, assurément ; sur un plan économique en revanche...
Article rédigé par Élio ABRY
SOURCES:
Large Language Models for Patient Self-Triage and Self-Diagnosis: A Randomized Controlled Trial, Février 2025, Proceedings of the National Academy of Sciences
IRM du cerveau : l’IA franchit un cap dans la détection des anomalies, Nicolas Gutierrez C.
Le Figaro, ENQUÊTE - Dans les cuisines familiales, un nouveau tiers s’est invité. Pour un biberon, une poussée de fièvre ou une nuit agitée, certains jeunes parents dégainent leur téléphone et consultent l’intelligence artificielle.
Economie matin, les bénéfices de l’IA
Grand View Research (2024) – Artificial Intelligence in Healthcare Market Size Report 2024–2030.




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